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Jules Supervieille (1884-1960)
OU Le rondel qui n’en est pas un
« Le temps me paraît trop gris Et moins gris pourtant que l'âtre ; Le soleil luit, appauvri, Comme une lune de plâtre.
« Tous les thés, a priori, Seront pleins de sots douceâtres ; Mon amant a trop d'esprit, Je voudrais les bras d'un pâtre.
«Je regrette d'avoir ri, J'ai besoin qu’on m'idolâtre; Mon âme est au pilori, Je vais chez mon psychiatre. »
- La Tristesse qui m'allaita Jamais, jamais, ne me quitta. - Taratata. - Je voudrais de rares paroles, Oui la consolent, la consolent ! -Quel jeu frivole! - Dans mon cœur elle s'implanta Et prit racine et s'exalta. - Taratata. En lourdes grappes, ses corolles Fleurirent, étonnamment molles. Quel jeu frivole !
Éole en fit des petits tas Et ma douleur se répéta ... - Taratata. - Autour de mon âme horticole Qui sait l'extase et l'hyperbole. - Taratata! Quel jeu frivole!
Quel est son nom ? Platane, érable ou marronnier ? Je connais son tronc seul et le reste est chimère: Sa racine, enfouie au secret du cellier, Son faîte qui, là-haut, sur la toiture en verre, Est curieusement soucieux de son pied.
Son tronc vit dans le monde, et sa cime est trappiste Au cloître très fumeux des vieux toits de Paris; Elle vit en puriste Loin des sommeliers noirs et des convives gris.
Le tronc, lui, connaît e calorifère, Le rayonnement des maîtres d'hôtel, Les Pontet-Canet, les Clos, les Castels Les index goulus sur la carte chère, Le gérant, plastron serein, L’argot de la valetaille, La caissière qui détaille La ripaille Et retient,
(Créatrice est sa mémoire) ;
Le tronc connaît son histoire Et la flamme du grill-room Et le petit nom du groom ;
Mais il souffre de fringale! De la soif de tout un goum ! Tantale ? Tantale! Et, cependant, les pieds de l'arbre parisien Trempent dans les vins fins.
1. Son œil de griffon, couleur de pain brun, Sait fixer longtemps sans être importun; Toujours inquiet de fureurs augustes, Son cou fauve et court gîte dans son buste; Triste est son regard, même dans ses jeux, Même quand son corps est tremblant de joie Sa vieille douleur aux yeux se reploie. II connaît Malheur, prompt et ténébreux. 2. Je rêve d'un chien large de boucher, Peut-être Danois, ou bien Terre-Neuve Dont le regard cherche à se détacher ' De l'étal sanglant, ô la pourpre épreuve!
Ses yeux que souligne un vif sang de bœuf Ont tant regardé de côté qu'ils louchent ; Rassurant sa faim rapide dans l'œuf D'un grand coup de gueule il happe' une mouche. 3. Je connais un chien des quatre-saisons, Jamais je ne vis que ses pattes frustes Sous un char, portant quelque cargaison D'exsangues navets et de choux robustes.
Et seul, quelque enfant, au regard léger, L'ayant remarqué le montre à sa mère) - Tout le jour, il va, portant aux commères La diverse odeur des frais potagers.
Je songe au Destin, tristement injuste, Qui me montra tant et tant d'horizons, Mais fit que du chien des quatre-saisons Jamais je ne vis que les pattes frustes.
Soyez bon pour le Poète, Le plus doux des animaux, Nous prêtant son cœur, sa tête, Incorporant tous nos maux, Il se fait notre jumeau ; Au désert de l'épithète, Il précède les prophètes Sur son douloureux chameau; Il fréquente, très honnête, La misère et ses tombeaux, Donnant pour nous, bonne bête, Son pauvre corps aux corbeaux ; Il traduit en langue nette Nos infinitésimaux, Ah ! Donnons-lui, pour sa fête, La casquette d'interprète !
LE MATIN ET LES ARBRES
Quand le paquebot Terre, un à un ses hublots S'ouvrant, livre passage aux oiseaux familiers, Ces bras blancs (lui saluent: le jour comme leur frère Nous croyons voir entrer le meilleur de nous-mêmes; Avec les premiers pas du soleil réveillé. Est-ce là devant nous les arbres du printemps Ou bien la vague haute et chercheuse d'écume ? Il est encor trop tôt pour comprendre et savoir, Le regard est grevé d'un peu d'obscurité. Contentons-nous d'être un vivant un jour de plus, D’entendre en nous ce cœur qui ne s'est pas couché Et peine nuit et jour dans d'égales ténèbres Pour préparer un peu de ce qu'il croit bonheur. Et nous le laisserons croire parce qu'il faut Que je mensonge aussi soit au fond de nous-mêmes Pendant que le soleil feint de monter au ciel Et toujours nous attrape avec sa même ruse.
Il y avait autrefois de l'affection de tendres sentiments C'est devenu du bois. IJ y avait une grande politesse de paroles, C est du bois maintenant, des ramilles, du feuillage. Il y avait de jolis habits autour d'un cœur d'amoureuse Ou d'amoureux, oui, quel était le sexe? C'est devenu du bois sans intentions apparentes Et si l’on coupe une branche et qu’on regarde la fibre Elle reste muette Du moins pour les oreilles humaines~ Pas un seul mot n'en sort mais un silence sans nuances Vient des fibrilles de toute sorte où pas se une petite Fourmi.
Comme il se contorsionne l'arbre, comme il va dans tous Les sens, Tout en restant immobile ! Et par là-dessus le vent essaie de, le mettre en route, II voudrait en faire une espèce d’oiseau bien plus grand Que nature Parmi les autres oiseaux Mais lui ne fait pas attention, Il faut sa voir être un arbre durant les quatre Saisons, Et regarder, pour mieux se taire, Ecouter les paroles des hommes et ne jamais répondre, Il faut savoir être tout entier dans une feuille Et la voir qui s'envole.
Pour chanter avec les fleuves II fallait une autre voix, Avec le flot des cascades Ce ne pouvait être toi.
Tu chantes avec toi-même Dans des cavernes profondes, L'oublierais-tu un instant Tu tomberais raide mort.
L'aveugle quand il est sage S'il ouvre les yeux tout grands C'est pour mieux voir au-dedans, Pardonne-lui son visage C'est le tien en ce moment'.
LA FABLE DU MONDE
Je suis dans la noirceur ct j'entends ma puissance Faire un bruit: sourd, battant l'espace rapproché, Alentour un épais va-et-vient de di Stances Me flaire, me redoute et demeure caché. Je sens tout se creuser" ignorant de ses bornes, Et puis tout se hérisse en ses aspérités. Serais-je menacé par les flèches sans formes De fantômes durcis dans de longs cauchemars. Mais non, tout se précise en moi-même, je gagne! Je suis déjà la plaine au-delà du hasard Et, haussant tout cc noir, je deviens la montagne Et la neige nouvelle attendant sa couleur. Ah que ne sombre point la plus grande pilleur La cime qui m'ignore et déjà m'accompagne Et que je cesse enfin d'être man inconnu. Que la lumière soit
Maintenant que j'ai mis partout de la lumière Il me faudra pousser le ciel loin de la terre, Et pour être bien sûr d'avoir tout mon esp ace Je ferai que le vent et les nuages passent Ainsi que les oiseaux qui viennent et qui vont Vérifiant les airs, la surface, Le fond. Tout me supplie et veut une forme précise, Tout a hâte de respirer dans sa franchise Et voudrait se former dès que je Le prévois, Et ma tête foisonne, et mon être bourdonne De milliers de silences, tous différents, Ce sont les voix de ceux qui n'en ont pas encore Et quémandent un nom pour aller de l'avant. Chacun son tour, le temps viendra pour tous d'éclore.
Je vois clair, je vois noir et non pas que j'hésite, L'un fera suite à l'autre et les deux si profonds Que dans mon univers ils seront sans réplique Et ce sera le jour et la nuit, l'horizon. Je vois bleu et frangé de blanchissants détours, Cela fuit sous mes yeux et si j'y trempe un doigt C’est salé: cela va très loin et fait le tour De la Terre et c'est plein d'écailleux très adroits, C’est ce qu'on nommera la mer et les poissons, L’homme de trouver comment- l'on va dessus, Sans se laisser périr attiré par Le fond Ni Le vent, grand pousseur de vagues et de nues.
Sombres troupeaux des monts sauvages, étagés, Faites attention, vous allez vous figer. Ne pouvant vous laisser errer à votre guise Je m'en vais vous donner d'éternelles assises. Les chamois bondiront pour vous. Quant aux nuages, Libre à vous de les retenir à leur passage. Vous ne bougerez plus, mais je vous le promets Autour d'un pivot sûr toujours vous tournerez Et les jours bougeront pour vous, mes immobiles, Et les sources coulant de vos sommets tranquilles Porteront l'altitude au long de leur chemin En reflétant le cid, spacieux riverain.
Je ne sais maintenant ce que je porte en moi, Mes yeux font de l'obscur et je cherche à mieux voir, J'ajuste mon regard, la chose se précise, Elle n'a qu'un seul corps, une espèce de tronc, Mais Le ciel dans Le haut en branches Le divise Porteuses d'équilibre et de confusion, Et je songe au plaisir de s'étendre dessous. Arbres, venez à moi puisque je pense à vous ! Vous vous accrocherez à la terre fertile Et ne ressemblerez à l'homme que par l'ombre, Vous qui m'ignorerez de toutes vos racines Et ne saurez de moi que Le vol des colombes. Parfois je ne sais tien de ce qui va venir Et je vois devant moi quelque vieux souvenir Devenu plante, ou pierre ou fraîcheur qui se pose, Même cc que je lis, pensant à autre chose. Cela tombe de moi comme un fruit oublié Mais toujours reconnu et jamais renié. Soudain je vois petit, ce la porte un fardeau, C’est noir, c'est courageux, l'une précédant l'autre, Et le temps d'y penser, c'est déjà la fourmi; Va ton chemin, je viens de te donner la vie.
Ivresse de créer, de tout voir aboutir, De n'avoir pas à commencer et de finir, De délivrer soudain les fleuves ct les pierres, Les cœurs battants, les yeux, les âmes prisonnières. Tout m'échappe, les flots et les terres en vrac, Mélange de courants, de vivantes folles, Mais un de mes regards rend le calme d'un lac, Préservant en dessous ce qu'il y faut de vie. Que rien n'ait peur de vivre au sortir de mon corps, Ni les petits poissons menacés dans leur fuite, Ni les grands dévorés à leur tour par la mort Ni tout ce qui remue et doute au fond du sort. Tout me revient, trouvant en moi de la justice, Prêt à se reformer dans mon clair précipice.
Assez pour aujourd'hui, je suis las de créer, Et je veux seulement dormir pour qu'il y ait Beaucoup d'herbe, beaucoup d'herbages sur la terre, De la broussaille qui ressemble à du sommeil, A l'image de moi quand je reposerai. Je pense même avoir quelque idée en dormant Qui franchira Le rêve en sa hâte de vivre Et ce sera la chèvre avec son bêlement, Ou Le poisson volant, ou quelque autre surprise, Comme hier, quand je fus réveillé par la brise Qui me halait à soi d'un fertile sommeil Inquiète de voir ce que je pensais d'elle.
Emmêlé à tant d'étoiles, Me dégageant peu à peu, Je sens que poussent mes lois Dans Le désordre des cieux. La solitude' du monde Et la mienne se con fondent. Ah! Nul n'est plus seul que Dieu Dans sa poitrine profonde.
Il faut que quelque part Quelqu’un vive et respire Et sans bien le savoir Soit dans ma compagnie, Qu’il sache dans son sein Evasif que j'existe, Qu’il me situe au loin Et que je lui résiste,
Moi qui serai en lui.
Il faudra bien qu'il me ressemble Je ne sais encore comment, ' Moi qui suis les mondes ensemble Avec chacun de leurs moments. Je Le veux séparer du reste Et me l'isoler dans les bras Je voudrais adopter ses gestes Avant qu'il soit ce qu'il sera, Je le devine à sa fenêtre Maïs la maison n'existe pas. Je le tâte, je le tâtonne, Je le forme sans le vouloir Je me le donne, je me l'ôte, Que je suis pressé de le voir ! Je le garde, je le retarde Afin de Le mieux concevoir. Tantôt, informe, tu t'éloignes Tu boites au fond de la nuit, Ou tu m'escalades, grandi, Jusqu'à devenir un géant. Moi que nul regard ne contrôle Je te veux visible de loin, Moi qui suis silence sans fin Je te donnerai la parole, Moi qui ne peux pas me poser Je te veux debout sur tes pieds, Moi qui suis partout à la fois Je te veux mettre en un endroit, Moi qui suis plus seul dans ma fable Qu'un agneau perdu dans les bois, Moi qui ne mange ni ne bois Je veux t'asseoir à une table, Une femme en face de toi, Moi qui suis sans cesse suprême Toujours ignorant le loisir, Qui n'en peux mais avec moi-même Puisque je ne peux pas finir, Je veux que tu sois périssable, Tu seras mortel, mon petit, Je te coucherai dans le lit De la terre ou se font les arbres.
Mes doigts cernant leur rêve avec bravoure, Environnés par un vide très lourd, Qui va cédant son terrain pas à pas, Mes doigts à qui l'on ne s'oppose pas, Toujours comblant d'avares précipices, Formant la chair prête à tant de délices, Si différents à mesure qu'ils vont, Sentant un œil se faire sous le front, Donnant sous eux ce qu'il faut de lumière Pour héberger les formes de la terre, Prenant la tête et vous la modelant Pour qu'elle soit pensante à tout moment Et devenant plus légers pour la tempe, Mes doigts donnant une lueur de lampe A cette peau ou monte une chaleur. Laisse ma main s'attarder sur ton cœur S'y oublier pensant à trop de choses ' Comme un rosier chancelant sous les roses. Silence, Dieu fait l'homme pout toujours, Il le devine, il en aime Le tour. Place pour l'ordre ou bien pour la folle, Place pour tous les souffles de la vie. Ô mon petit, ô mon parachevé, Regarde-moi, tu pourras me braver. Je t'ai donné l'amour avec la haine, Tu choisiras puisant dans l'âme pleine, Beau sac où sont savamment mélangés Des sentiments dont tu pourras changer Et je te dis: sois un dieu, sois un homme, Toi qui dormis en moi un si long somme.
Quand je dis «mes bras» ne va pas croire Que ce sont des bras comme les tiens Quand je dis «mes yeux» comprends 'que rien Ni autour de toi, ni ta mémoire Ne t'en révèle un seul regard. Je me sers des mots qui sont à toi.
Si tu ne me saisis pas bien Restons taciturnes ensemble. Que mon secret touche le tien, Que ton silence me ressemble.
Moi qui suis l'univers et ne peux en jouir Puisque tout est en moi dans sa masse importune, Je te ferai présent des choses une à une. Puisqu'il te suffira de voir pour les cueillir. Ainsi garderas-tu même ce qui m'échappe, Ce qui ne m'est plus rien tu pourras Le tenir Et suivre vivement d'un regard qui rattrape L'hirondelle en son vol ou rentrant à son nid.
Je te donne la mort avec une espérance Ne me demande pas de te la définir, Je te donne la mort avec la différence Entre un passé chétif et mieux que l'avenir, Je te donne la mort pour sa grande clémence Et tout son contenu qui ne peut pas finir. Bientôt petit bientôt tu seras un mort libre, Tu te reconnaîtras entier et fibre à fibre Sans le secours des yeux qui pouvaient bien périr, Bientôt tu parcourras les plus grandes distances Dans l'immobilité du corps et le silence, Laisse-moi faire et je promets de te guérir De la chair malhabile à porter la souffrance.
Pense aux plages, pense à la mer, Au lisse du ciel, aux nuages, À tout cela devenant chair Et dans le meilleur de son âge, Pense aux tendres bêtes des bois, Pense à leur peur sut tes épaules, Aux sources que tu ne peux voir Et dont Le murmure t'isole, Pense à tes plus profonds soupirs, Ils deviendront un seul désir, À ce dont tu chéris l'image, Tu l'aimeras bien davantage. Ce qui était beaucoup trop loin Pour Le parfum ou le reproche, Tu vas voir comme il se rapproche Se faisant femme jusqu'au lien, Ce dont rêvaient tes yeux, ta bouche, Tu vas voir comme tu Le touches. Elle aura des mains comme toi Et pourtant combien différentes, Elle aura des yeux comme toi Et pourtant tien ne leur ressemble. Elle ne te sera jamais Complètement familière, Tu voudras la renouveler De mille confuses manières. Voilà, tu peux te retourner C'est la femme que je te donne Mais c'est à toi de la nommer Elle approche de ta personne.'
C'était lors de mon premier arbre J'avais beau le sentir en moi ' Il me surprit par tant de branches Il était arbre mille fois. ' Moi qui suis tout ce que je forme Je ne me savais pas feuillu, Voilà que je donnais de l'ombre Et j'avais des oiseaux dessus. Je cachais ma sève divine. Dans ce fût qui montait au ciel Mais j'étais pris par la racine Comme à un piège naturel. C'était lors de mon premier arbre, L'homme s'assit sous Le feuillage Si tendre d'être si nouveau. Etait-ce un chêne ou bien un orme C'est loin et je ne sais pas trop Mais Je sais bien qu'il plut à l'homme Qui s'endormit les yeux en joie Pour y rêver d'un petit bois. Alors au sortir de son somme D'un coup je fis une forêt De grands arbres nés centenaires Et trois cents cerfs la parcouraient Avec leurs biches déjà mères. Ils croyaient depuis très longtemps L'habiter et la reconnaître Les six-cors et leurs bramements Non loin de faons encore à naître. Ils avalent, à peine jaillis, Plus qu'il ne fallait d'espérance Ils étalent lourds de souvenirs Qui dans les miens prenaient naissance. D'un coup je fis chênes, sapins, Beaucoup d'écureuils pout les cimes, L'enfant qui cherche son chemin Et Le bûcheron qui l'indique, Je cachai de mon mieux le ciel Pour ses di Stances malaisées Mais je le redonnai pour tel Dans les oiseaux et la rosée.
C’est un chien abrupt dans sa race, C'est le premier de tous les chiens, Première fois que dans l'espace Aboya ce qui n'était rien. Il est tous les chiens à venir Et les voudrait mener à bien, Il est l'angoisse qui soupire Tout en n'étant qu'un pauvre chien, Il cache en lui tant de miracles Qu'il pose un peu craintif les pattes Sur le sol qui le porte au loin Et si multiple qu'il en tremble, Si fou de tout ce qu'il contient Qu’on l'aperçoit sur une route De plaine comme un chien courant, Qu’on le retrouve saint-bernard Sur le versant d'une montagne, Près des moutons chien de berger Et près des hommes chien de garde, II est toujours là qui regarde Pour ne pas être un étranger.
(DIEU PARLE) Je cherche une goutte de pluie Qui vient de tomber dans la mer. Dans sa rapide verticale Elle luisait plus que les autres Car seule entre Les autres gouttes Elle eut la force de comprendre Que, très douce dans l'eau salée Elle allait se perdre à jamais. Alors je cherche dans la mer Et sur les vagues, alertées Le cherche pour faire plaisir A ce fragile souvenir Dont je suis seul dépositaire. Mais j'ai beau faire, il est des choses Ou Dieu même ne peut plus rien. Malgré sa bonne volonté Et l'assistance sans paroles ' Du ciel, des vagues et de l'air.
(UN ARBRE PARLE) « Approche-toi, cheval, Regarde le taureau, Vous êtes tous les deux Usagers des naseaux, Vos racines volantes Vous laissent galoper, Approche-toi, cheval, Moi, je ne puis bouger. J’offre de l'ombre autour D'un immobile pied. » Ainsi l'arbre parlait Du fond de son silence Comme parient les blés, Comme chantent les plantes. L'herbe ne disait rien Elle se savait faite Pour être piétinée, Pour être ruminée Et pour aller d'un trait Dans Le ventre des bêtes. La fourmi s'avançait, Elle est née en marchant Avant même de naître Elle n'a pas le temps. Et chacun interroge Du regard son voisin Trouvant dignes d'éloges Le proche et des lointains. Et partout Dieu s'efface Pour ne pas déranger Et lui gui ne fait pas Les choses à moitié Quitte aussi la mémoire De ceux qu'il a créés. Fier de son appétit Chacun se croit le fils De son seul mouvement, Et l'un cache sa queue, L'autre s'en bat les flancs, Un autre tend l'oreille Ou bien montre les dents, L'un se lèche la patte, L'autre s'arrache un poil, Un autre qui se gratte Jusqu' à se faire mal, Et celui-là qui tousse Pour sentir son gosier, Cet autre qui retrousse Sa babine à moitié, Celui-là qui sommeille Pour voir comment l'on fait, Celui-ci se réveille Et dort à volonté. Tous sentent le dedans Qui leur dit: «Je suis là Tu peux être content ' De ta sereine peau Qui sous l'immense ciel Sait te garder au chaud, Et de ce grain de se! Au bout de ton museau. » ARBRES
ARBRES DANS LA NUIT ET LE JOUR Candélabres de la noirceur, Hauts-commissaires des ténèbres, Malgré votre grandeur funèbre Arbres, mes frères et mes sœurs Nous sommes de même famille L'étrangeté se pousse en nous Jusqu'aux veinules, aux ramilles Et no us comble de bout en bout.
À vous la sève, à moi le sang, À vous la force, à moi l'accent Mais nuit et jour nous ressemblant Régis par Le suc du mystère, ' Offerts à la mort, au tonnerre, Vivant grand et petitement, L'infini qui nous désaltère Nous fait un même firmament.
Nos racines sont souterraines, Notre front dans Le ciel se perd Mais, tronc de bois ou cœur de chair Nous n’avançons que dans nous-mêmes. L'angoisse nourrit notre histoire Et c'est un même bûcheron Nous couchant de notre long, Viendra nous couper la mémoire. Enfants de la chance et du vent, Vous n'avez de père ni mère, Vous êtes fils d'une grand-mère La Terre, son vieil ornement, Vous qui devenez innombrables Dans vos branches comme à vos pieds Et pouvez attraper du ciel Aussi bien que fixer les sables.
Princes de l'immobilité, Les oiseaux vous font confiance, Vous savez garder le secret D'un nid jusqu'à la délivrance. À l'abri de vos cœurs touffus, Vous façonnez toujours des ailes, Et les projetez jusqu'aux nues De votre arc secret mais fidele.
Vous n'aurez pas connu l'amour, Ô grandioses solitaires, Toujours prisonniers de la Terre, Ô Narcisses ligneux et sourds, Ne regrettez pas l'aventure, Heureux ceux que fixe le sort, Ils en attendent mieux la mort, Un voyageur vous en assure.
Ó pins devant la mer, Pourquoi donc insister Par votre fixité À demander réponse? J'ignore les questions De votre haut mutisme. L'homme n'entend que lui, Il en meurt comme vous. Et nous n'eûmes jamais Quelque tendre silence Pour mélanger nos sables, Vos branches et mes songes. Mais je me laisse aller A vous parler en vers, Je suis plus fou que vous, Ô camarades sourds, Ô pins devant la mer, Ô poseurs de questions Confuses et touffues, Je me mêle à votre ombre, Humble zone d'entente, Ou se joignent nos âmes Ou je vais m'enfonçant, Comme l'onde dans l'onde.
S'il n'était pas d'arbres à ma fenêtre Pour venir voir jusqu'au pro fond de moi, Depuis longtemps il aurait cessé d'être Ce cœur offert à ses brûlantes lois.
Dans ce long saule ou ce cyprès pro fond Qui me connaît et me plaint d'être au monde, Mon moi posthume est là qui me regarde Comprenant mal pourquoi je tarde et tarde ...
A Felisberto Hernández 1 Puisque Le sombre humus cache Tant de vert par-devers soi Et dans sa lourdeur compacte Les futurs oiseaux des bois, Arbres, vous sortez de terre, Feuille à feuille, avec des chants Qui sont les frais ornements D'une commune misère'. Que vous soyez pins ou hêtres, Chênes ou bien peupliers, Une même façon d'être Par le bas des prisonniers. Et vous reprenez la place Que Le vent vous fit céder Ne connaissant de l'espace Que ce léger va-et-vient. La hauteur cachée en terre, Et se dressant peu à peu Vous caresse et vous libère Vers le ciel un petit peu. Venus de la terre dense, Humides de cent désirs, Vous n'êtes plus qu'une essence Et lui livrez vos soupirs. 11 Vous qui ne demandez rien, Vous qui êtes toujours là, Sans yeux, comme en ont les chiens, Pour rappeler qu'ils sont là, Arbres de mon grand jardin, Dans un mouvement serein Ouvrant nuit et jour les bras, Vous nous faites oublier Que vous ne les fermez pas, Arbres graves, sans défauts, Moitié tronc, moitié feuillage, Et jamais trop peu ni trop Ayant toujours ce qu'il faut Pour votre immense veuvage, Vous qui vivez parmi nous Solitude jusqu'au cou Malgré le vent, les oiseaux, Et les hommes inégaux Qui vous coupent en morceaux. Que serviraient les regards Ou de froncer les sourcils Et l'avance ou le retard Et tous les humains soucis ? En dépit de vos racines. Vos troncs ne sont pas d’ici Mais bien d'un pays caché Dont nul ne peut approcher. Et vous laissez un sillage Sans avoir jamais bougé, Comme les paralysés Qu'on voit rêver sur les plages, Vous qui nous poussez à vivre Nous, moins que vous attachés, A la façon d'hommes libres Courant après leurs pensées.
Avec un peu de feuillage et de tronc Tu dis si bien ce que je ne sais dire Qu'à tout jamais je cesserais d'écrire S'il me restait tant soit peu de raison.
Et tout ce que je voudrais ne pas taire Pour ce qu'il a de perdu et d'obscur Me semble peu digne que je l'éclaire Lorsque je mets une racine à nu
Dans son mutisme et ses larmes de terre. Ah tout est arbre devenu, Colère, orgueil, douceur amie. Tout ce que j'aime dans la vie En bois, en feuillage se mue, En un feuillage patient Toujours sous des vents différents. Mais serait-ce pour satisfaire Mon cœur enfoncé dans la chair Vivant d'un bruit sourd de cognée Comme au fond de quelque forêt, En attendant que sous la terre Allant vers Le noir, il se mue En quelque racine de plus. Comprenez-vous, à disparue, Au fond des forêts enfouie, Et je ne sais ou m'adresser ... Serait-ce à la boule de gui, À ce feuillage à peine né, Ou bien à la branche pourrie, Vous qui dans Le léger du soit, N'êtes peut-être qu'un regard Rien de plus pour vous souvenir Une main douce à faire peur, Avec un reste de chaleur Qui sous la terre s'éternise. Le jardin de la mort riche d'arbres sans nombre Continue à jamais nos plus secrets désirs, Un regret souterrain s'y change en herbe sombre Puisqu'il n'a pas trouvé la force de mourir.
De quelle lourde tête humaine, Volubilis, es-tu sorti, Et d'ou vient cette grande peine Qui se fait jour dans cet épi?
La terre prend en amitié Les plus humbles de nos soucis Et recouvre plus qu'à moitié Les cœurs privés d'humaine vie.
Mais, pauvre vie insatisfaite, Tu voudrais relever la tête Et tu cherches un nouveau cœur Pour loger ton ancienne ardeur,
Ne cherche plus, c'est autre chose Que tu trouveras dans la rose, Dans sa fraîcheur renouvelée Par les larmes de la rosée.
Et ne regrette rien tout bas A la manière de naguère. Sache te livrer tout entière Aux plantes, ne lésine pas,
Sans réticence ni colère Fie-toi aux formes de la terre, Mais voilà qu’enfin tu consens A t'abandonner en tous sens.
Vois comme ta vieille folie En mille herbes se modifie, Regarde ton ancien courage Le voilà devenu branchage.
L'horreur de la mort, avouée, En feuillages s'est dénouée" Par là-dessus un peu de vent, C'est le nouveau contentement.
Et voici maintenant, racines et surface, Un beau parc plus humain que la ville aux grands cris, Et parfois un grand cerf y prend, toute la place, Vois s'étoiler le vide errant derrière lui.
Perdu parmi les pas et les ruines des astres Et porté sur l'abîme où s'engouffre le ciel, J'entends le souffle en moi des étoiles en marche Au fond d'un cœur, hélas, que je sais éternel. J'arrive de la Terre avec ma charge humaine D'espoirs pris de panique et d'abrupts souvenirs, Mais que faire en plein ciel d'un cœur qui se démène Comme sous Le soleil et n'a pas su mourir. Avez-vous vu mes yeux errer dans ces parages Où le loin et Le près ignorent les rivages. Aveugle sans bâton et sans force et sans foi, Je cherche un corps, celui que j'avais autrefois. Puissé-je préserver des avides espaces Mes souvenirs rodant autour de la maison Les visages chéris et ma pauvre raison ' D'ou je me surveillais comme d'une terras se. Que je sauve du moins ce vacillant trésor Comme un chien aux longs poils sous l'écume marine Qui tient entre ses dents son petit presque mort. Mais voici s'avancer l'écume des abîmes ... L'univers où je suis pousse un cruel soupir Et la gorge du ciel profonde se soulève. Puisque tout me rejette lei, même Le rêve, Ces lieux sans terre, à quoi pourraient-ils consentir ? AH ! Même dans la mort je souffre d'insomnies, Le veux de l'éternel faire un peu de présent, Le me sens encor vert pour entrer au néant Et chante mal dans l'universelle harmonie. Comment renoncerais-je à tant de souvenirs Quand l'esprit encombré d'invisibles bagages Le suis plus affairé dans la mort qu'en voyage Et je flotte au lieu de sombrer dans Le mourir. Les quatre bouts de bois qui me tenaient sous terre N'empêchaient pas le ciel d’entrer au cimetière, Le monde me devient un immense radeau Où l'âme va et vient sans trouver son niveau. Tout se relève avec la pierre de la tombe, Notre premier regard délivre cent colombes. Pour qui ne possédait que sa longueur de bois Les arbres, c'est déjà le plus bel au-delà.
« Moi que l'on croyait mort et couchant à la dure, J'ai laissé dans Le noir les rancœurs du tombeau. Me voici près de vous sans une égratignure Et je souris au jour sous un cid resté beau. Moi qui sonnais sous terre un cor si décevant Et me désespérais de rester sans réponse, Dans mes vieux vêtements de nouveau je m'enfonce Et je regarde au loin comme font les vivants. Ne me répliquez pas que je suis un mensonge, Je vis plus fort que vous, j'ai fait Le tour du sort, C'est vous qui ressemblez aux figures des songes, Vous ignorez le poids que no us donne la mort. Que baissez-vous ainsi des paupières blessées. Quand j'avance vers vous pour vous tendre la main Comme si je portais un manteau souterrain Et cachais gauchement des formes dispersées? Eludez-vous en moi l'ombre, Le contagieux, Celui qui n'eut pas peur d'affronter le retour Comme si je pouvais vous arracher le jour Rien qu'en posant sur vous le regard de mes yeux. Allez, j'ai ma fierté sous mon indifférence, Et puisque vous craignez mon abrupt renouveau, Je ne suis pas de ceux qui refont des avances, Et d’un pas de vivant, je retourne au tombeau. »
Les pierres de la mort se forment et m’épuisent En me serrant de près de leurs sourdes banquises, Me voilà menacé dans mes courantes eaux Comme un saumon sauteur par l’hiver congeleau.
Allons, il faut chercher un refuge dans l’âme Puisque déjà mon corps s’enfuit à toutes rames.
Ô calme de la mort, comme quelqu’un t’envie Que je ne puis nommer pour ne pas l’attrister, Ne plus bouger, dormir d’un sommeil dilaté, Profond comme le ciel dévoré par la nuit.
Ne plus se reprocher d’user mal de la vie Ce peu de sable chaud, désert illimité, Ce cœur toujours sanglant aux blessures suivies Par des yeux sans regard, sauf pour la cruauté,
Puisque, même vivants, c’est notre mort qui mène Le corps toujours promis aux dagues souterraines.
Mais avec tant d’oubli comment faire une rose, Avec tant de départs comment faire un retour, Mille oiseaux qui s’enfuient n’en font un qui se pose Et tant d’obscurité simule mal le jour.
Écoutez, rapprochez-moi cette pauvre joue, Sans crainte libérez l’aile de votre cœur Et que dans l’ombre enfin notre mémoire joue, Nous redonnant le monde aux actives couleurs
Le chêne redevient arbre et les ombres, plaine, Et voici donc ce lac sous nos yeux agrandis ? Que jusqu'à l’horizon la terre se souvienne Et renaisse pour ceux qui s’en croyaient bannis !
Mémoire, sœur obscure et que je vois de face Autant que le permet une image qui passe…
Jules Supervielle
Hoe met zoveel vergetelheid een roos te maken En hoe wordt zoveel afscheid ooit een wederkeer? Uit vlucht van duizend vogels zet niet een zich neer En zo diep duister doet geen schijn van dag ontwaken.
Toch luister, breng mij nader deze matte wangen En laat uw hart vreesloos en vrij zijn vleugel slaan, Dan zal herinn’ring in de schaduw spelen gaan En krijgt de wereld weer de kleur van ons verlangen.
De eik wordt weder boom en nevels worden vlakte, En zien uw groot geworden ogen niet dat meer? Tot aan den horizon hervindt zich de aarde weer, Herboren voor wie zich uit haar verbannen dachten!
Herinn’ring, duist’re zuster, ‘k zie u in ’t gelaat, Zolang als een voorbijgaand beeld mij schouwen laat.
Vertaling H.W.J.M. Keuls
Quand les chevaux du Temps s’arrêtent à ma porte J’hésite un peu toujours à les regarder boire Puisque c ‘est de mon sang qu’ils étanchent leur soif. Ils tournent vers ma face un œil reconnaissant Pendant que leurs longs traits m ‘emplissent de faiblesse Et me laissent si las, si seul et décevant Qu’une nuit passagère envahit mes paupières Et qu’il me faut soudain refaire en moi des forces Pour qu’un jour où viendrait l’attelage assoiffé Je puisse encore vivre et les désaltérer.
Jules Supervielle
De paarden van den tijd
Wanneer de paarden van den tijd stilhouden voor Mijn deur, moet ik wel toezien hoe zij gulzig drinken, Daar ’t is mijn eigen bloed waaraan hun dorst zich lest. Hun dankbare oogen zoeken telkens mijn gezicht, Terwijl hun lange teugen mij met onmacht vullen En laten mij zo moe, zo wankel en alleen, Dat een ontijd’ge nacht mijn oogleden doet zwichten; Dan voel ik dat terstond ik nieuwe kracht moet scheppen, Opdat als eenmaal wederkeert het dorstig span, Ik nog te leven heb en hen verzaad’gen kan.
Vertaling H.W.J.M. Keuls
Quand nul ne la regarde, La mer n’est plus la mer, Elle est ce que nous sommes Lorsque nul ne nous voit. Elle a d’autres poissons, D’autres vagues aussi. C’est la mer pur la mer Et pour ceux qui en rêvent Comme je fais ici.
Jules Supervielle
De geheime zee
Als niemand naar haar kijkt Is de zee niet meer de zee, Dan is zij wat wij zijn Wanneer niemand ons ziet, Dan wisselt zij van vissen, Laat and’re golven toe En wordt zee voor zichzelf En voor wie van haar dromen, Zoals ik dit uur doe.
Vertaling H.W.J.M. Keuls p. 78 Robe sans corps,
robe sans jambes, Proche l'oreille
du corsage Le torse de soie
est bombé, Trouvez, si vous
pouvez, la tête Saisir, saisir le soir, la pomme et la statue, Saisir l'ombre et le mur et le bout de la rue. Saisir le pied, le cou de la femme couchée
Et puis ouvrir les mains. Combien d'oiseaux lâchés Combien d'oiseaux perdus qui deviennent la rue, L'ombre, le mur, le soir, la pomme et la statue !
Ce qu'il faut de nuit Au-dessus des arbres, Ce qu'il faut de fruits Aux tables de marbre, Ce qu'il faut d'obscur Pour que le sang batte, Ce qu'il faut de pur Au coeur écarlate, Ce qu'il faut de jour Sur la page blanche, Ce qu'il faut d'amour Au fond du silence. Et l'âme sans gloire Qui demande à boire, Le fil de nos jours Chaque jour plus mince, Et le coeur plus sourd Les ans qui le pincent. Nul n'entend que nous La poulie qui grince, Le seau est si lourd.
Solitude au grand coeur encombré par des glaces, Comment me pourrais-tu donner cette chaleur Qui te manque et dont le regret nous embarrasse Et vient nous faire peur? Va-t'en, nous ne saurions rien faire l'un de l'autre, Nous pourrions tout au plus échanger nos glaçons Et rester un moment à les regarder fondre Sous la sombre chaleur qui consume nos fronts.
Voilà que je me surprends à t'adresser la parole, Mon Dieu, moi qui ne sais encore si tu existes Et ne comprends pas la langue de tes églises chuchotantes. Je regarde les autels, la voûte de ta maison, Comme qui dit simplement: voilà du bois, de la pierre, Voilà des colonnes romanes. Il manque le nez à ce saint. Et au-dedans comme au-dehors, il y a la détresse humaine. Je baisse les yeux sans pouvoir m'agenouiller pendant la messe, Comme si je laissais passer l'orage au-dessus de ma tête. Et je ne puis m'empêcher de penser à autre chose. Hélas ! j'aurai passé ma vie à penser à autre chose. Cette autre chose, c'est encore moi. C'est peut-être mon vrai moi-même. C'est là que je me réfugie. C'est peut-être là que tu es. Je n'aurai jamais vécu que dans ces lointains attirants. Le moment présent est un cadeau dont je n'ai pas su profiter. Je n'en connais pas bien l'usage. Je le tourne dans tous les sens, Sans savoir faire marcher sa mécanique difficile. Mon Dieu, je ne crois pas en toi, je voudrais te parler tout de même. J'ai bien parlé aux étoiles, bien que je les sache sans vie, Aux plus humbles des animaux, quand je les savais sans réponse, Aux arbres qui, sans le vent, seraient muets comme la tombe. Je me suis parlé à moi-même, quand je ne sais pas bien si j'existe. Je ne sais si tu entends nos prières, à nous les hommes, Je ne sais si tu as envie de les écouter. Si tu as, comme nous, un coeur qui est toujours sur le qui-vive Et des oreilles ouvertes aux nouvelles les plus différentes Je ne sais pas si tu aimes à regarder par ici. Pourtant je voudrais te remettre en mémoire la planète terre Avec ses fleurs, ses cailloux, ses jardins et ses maisons Avec tous les autres et nous qui savons bien que nous souffrons. Je veux t'adresser sans tarder ces humbles paroles humaines Parce qu'il faut que chacun tente à présent tout l'impossible. Même si tu n'es qu'un souffle d'il y a des milliers d'années Une grande vitesse acquise Une durable mélancolie Qui ferait tourner encore les sphères dans leur mélodie Je voudrais, mon Dieu sans visage et peut-être sans espérance Attirer ton attention parmi tant de ciels vagabonde Sur les hommes qui n'ont pas de repos sur la planète. Ecoute-moi ! Cela presse. Ils vont tous se décourager Et l'on ne va plus reconnaître les jeunes parmi les âgés Chaque matin, ils se demandent si la tuerie va commencer. De tous côtés, l'on prépare de bizarres distributeurs de sang de plaintes et de larmes L'on se demande si les blés ne cachent pas déjà des fusils. Le temps serait-il passé où tu t'occupais des hommes ? T'appelle-t-on dans d'autres mondes, médecin en consultation, Ne sachant où donner de la tête Laissant mourir sa clientèle ? Ecoute-moi ! Je ne suis qu'un homme parmi tant d'autres. L'âme se plait dans notre corps, Ne demande pas à s'enfuir dans un éclatement de bombe. Elle est pour nous une caresse, une secrète flatterie. Laisse-nous respirer encore sans songer aux nouveaux poisons Laisse-nous regarder nos enfants sans penser tout le temps à la mort. Nous n'avons pas du tout le coeur aux batailles, aux généraux. Laisse-nous notre va-et-vient, comme un troupeau dans ses sonnailles, Une odeur de lait frais se mélant à l'odeur de l'herbe grasse. Ah ! si tu existes, mon Dieu, regarde de notre côté. Viens te délasser parmi nous. La terre est belle, avec ses arbres, ses fleuves et ses étangs, Si belle, que l'on dirait que tu la regrettes un peu Mon Dieu, ne va pas faire la sourde oreille Et ne va pas m'en vouloir si nous sommes à tu et à toi Si je te parle avec tant d'abrupte simplicité. Je croirais moins qu'en tout autre en un Dieu qui terrorise. Plus que par la foudre, tu sais t'exprimer par les brins d'herbe Et par les jeux des enfants et par les yeux des ruisseaux. Ce qui n'empêche pas les mers et les chaînes de montagnes. Tu ne peux pas m'en vouloir de dire ce que je pense De réfléchir comme je peux sur l'homme et sur son existence Avec la franchise de la terre et des diverses saisons Et peut-être de toi-même dont j'ignorerais les leçons Je ne suis pas sans excuses Veuille accepter mes pauvres ruses Tant de choses se préparent sournoisement contre nous Quoi que nous fassions, nous craignons d'être pris au dépourvu Et d'être comme le taureau Qui ne comprend pas ce qui se passe Le mène-t-on à l'abattoir Il ne sait où il va comme ça Et juste avant de recevoir le coup de mort sur le front Il se répète qu'il a faim et brouterait résolument Mais qu'est-ce qu'ils ont ce matin avec leurs tabliers pleins de sang A vouloir tous s'occuper de lui ?
A Henri Thomas 0 nuit, nous
espérons merveille de tes herbes, Quand nous sommes
groupés par d'immobiles lampes Jules Supervielle, tiré de À la nuit, (1947)
Attendre que la
Nuit, toujours reconnaissable Jules Supervielle, tiré de Amis inconnus (1934) Montagnes
derrière, montagnes devant Faut-il que pour
nous brûlent tant d'étoiles Viendront les
géants tombés d'autres mondes, Jules Supervielle Encore
frissonnant Jules Supervielle, tiré de La Fable du monde (1938) Et si nous regardions la vie par les interstices de la mort ? Sous la chétive pesée de nos regards, le ciel nocturne est là, avec ses profondeurs, creusant nuit et jour de nouveaux abîmes, avec ses étincelants secrets, sa coupole de vertiges. Et nous vivrions dans la terreur de milliards d'épées de Damoclès si nous ne sentions au-dessus de nos têtes l'ordre, la beauté, le calme — et l'indifférence — d'un invulnérable chef-d'oeuvre. L'aérienne, l'élastique architecture du ciel semble d'autant plus faite pour nous rassurer qu'elle n'emprunte rien aux humaines maçonneries. Celles-ci, même toutes neuves, ne songent déjà qu'à leurs ruines. L'édifice céleste est construit pour un temps sans fin ni commencement, pour un espace infini. Et rien n'est plus fait pour nous donner confiance que tout ce grave cérémonial dans l'avance et le rythme des autres, cette suprême dignité, et infaillible sens de la hiérarchie. Etoiles et planètes, gouvernées par l'attraction universelle, gardent leurs distances dans la plus haute sérénité. Je crois aux anges musiciens mais je les vois jouer d'un archet muet sur un violon de silence. La plus belle musique — disons Bach — tend elle-même au silence. Jamais elle ne le ride, ne le trouble. Elle se contente de nous en donner des variantes qui s'inscrivent à jamais dans la mémoire. Tout ce qu'il y a de grand au monde est rythmé par le silence : la naissance de l'amour, la descente de la grâce, la montée de la sève, la lumière de l'aube filtrant par les volets clos dans la demeure des hommes. Et que dire d'une page de Lucrèce, de Dante ou de d'Aubigné, du mutisme bien ordonné de la mise en page et des caractères d'imprimerie. Tout cela ne fait pas plus de bruit que la gravitation des galaxies ni que le double mouvement de la Terre autour de son axe et autour du Soleil... Le silence, c'est l'accueil, l'acceptation, le rythme parfaitement intégré. (...) Jules Supervielle, tiré de Prose et proses (Rythmes célestes) Quand dorment les
soleils sous nos humbles manteaux C’est le monde où
l’espace est fait de notre sang. Et nous allons
ainsi, parmi les autres hommes, Jules Supervielle, tiré de La Fable du monde (1938) It’s good to
have chosen Faire en sorte que l'ineffable nous devienne familier tout en gardant ses racines fabuleuses.
Il faut aussi de la féerie dans le mariage.
Il faut pourtant accepter ce que le Bon Dieu ne vous envoie pas.
Je suis un parfait honnête homme. Je me dégoûte complètement.
L'homme ne peut aboutir qu'à des à peu près.
Laissez le fruit
mûrir au fond de son loisir
Le silence est le meilleur avocat des morts.
Les filles - ça pose trop de problèmes, et ça ne les résout pas.
Les souvenirs sont du vent, ils inventent les nuages.
O morts n'avez-vous pas encore appris à mourir?
On voyait le
sillage et nullement la barque
Quand on est riche, toutes les gaffes sont permises; elles sont même recommandées si l'on veut avoir le sentiment de sa puissance.
Voyageur,
voyageur, accepte le retour,
«Ah! songeait-il, vivre c'est être de plus en plus embarrassé.»
JULES SUPERVIELLE édition publiée sous la direction de Michel Collot avec la collaboration de Françoise Brunot-Maussang, Dominique Combe, Christabel Grare, James Hiddleston, Hyun-Ja Kim-Schmidt, Michel Sandras éd. Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1116 p. 380 F. Comme Apollinaire et la plupart des poètes de son temps, Jules Supervielle s'est trouvé engagé dans la « longue querelle de la tradition et de l'invention ». Mais entre l'ancien et le nouveau, entre l'Ordre et l'Aventure, il n'a pas voulu choisir, s'établissant plutôt dans « l'entre-deux », ainsi que le rappelle Michel Collot dans sa Préface aux Oeuvres poétiques complètes. Cette riche Pléiade, où l'on ne compte pas moins de 400 pages de notices et de notes, qui éclairent la genèse, la structure, les thèmes, les formes, la réception de chaque recueil (appuyées sur une étude génétique précise des variantes), vient consacrer tardivement l'un des poètes les plus importants de ce siècle, jusqu'alors plutôt délaissé par la critique, peut-être pour avoir voulu être « un conciliateur, un réconciliateur des poésies anciennes et modernes », ainsi qu'il l'avoue lui-même dans Naissances. *** A l'élection de « l'entre-deux » comme espace privilégié de l'écriture, la biographie du poète apporte une première explication. Né à Montevideo, en Uruguay, de parents français, Jules Supervielle est à peine âgé de huit mois lorsque son père et sa mère, en août 1884, traversent l'Atlantique et rejoignent la France où ils disparaîtront accidentellement quelques mois plus tard. D'abord recueilli par sa grand-mère maternelle au Pays basque, Supervielle s'en retourne à Montevideo avec son oncle en 1886. Il en reviendra huit ans plus tard pour entreprendre ses études secondaires à Paris, au lycée Janson-de-Sailly. Son imaginaire d'orphelin va se loger entre deux mondes. Ses premiers essais d'écriture vont tenter tant bien que mal de conjurer l'oubli et de consoler la perte. La première plaquette de poèmes que Supervielle publie à compte d'auteur, en 1901, s'intitule significativement Brumes du passé . Elle s'ouvre sur un court texte « A la mémoire de mes parents »: « Il est deux êtres chers, deux êtres que j'adore, Mais je ne les ai jamais vus, Je les cherchais longtemps et je les cherche encore. Ils ne sont plus... Ils ne sont plus... »
Fasciné par le vide et l'absence, le poète adolescent ne peut alors que s'essayer à des évocations mélancoliques dont le caractère très conventionnel suffit à démontrer combien elles font office de diversions à la douleur ou de déni d'une vérité insupportable. Supervielle entre en poésie en s'efforçant de boucher un trou. Il n'est pas encore à même de faire entendre sa voix, puisqu'il lui faut avant tout suturer les lèvres de sa blessure intime et éluder son « moi profond ». Le lyrisme sentimental de ses débuts entremêle des influences étrangères : un peu de Parnasse pour la description, un peu de symbolisme pour le rêve éthéré, et beaucoup de musique verlainienne pour l'inflexion des « voix chères qui se sont tues »... Si limité soit-il, cet originel rapport à la poésie ne manquera pas d'infléchir la trajectoire tout entière de l'oeuvre de Supervielle dont il semble qu'une part importante tende vers un classicisme naïf. C'est dire qu'elle maintiendra jusqu'au bout un rapport à la tradition du vers et à sa mélodie ayant pour objet d'inscrire contradictions et déchirures dans une langue de la continuité qui les apaise. « Pour moi, avouera-t-il dans Naissances, ce n'est qu'à force de simplicité et de transparence que je parviens à aborder mes secrets essentiels et à décanter ma poésie profonde. » Mais à partir de Débarcadères, dont la première édition paraît en 1922, et dont le premier texte date de décembre 1919, une autre dimension de Jules Supervielle apparaît. S'en étant retourné à plusieurs reprises en Uruguay, s'y étant marié, ayant fait de nombreux voyages, ayant lu Claudel, Rimbaud, Mallarmé, Laforgue et Whitman, le poète parisien s'avère enfin capable de dire la mer et l'Amérique dont sa famille perdue et lui-même proviennent. Influencé sans doute, comme nombre de poètes de sa génération, par la lecture des Feuilles d'herbe autant que par celle des Cinq grandes odes, il fait entrer les horizons maritimes et sud-américains dans l'espace formel élargi du vers libre et du verset. A côté des mètres rapides et de leur berceuse mélodique, une forme d'écriture ouverte vient dire l'ouverture, la dispersion, le prosaïsme et la nudité de celui qui trouve enfin dans le langage le moyen d'assumer son intime étrangeté. C'est par adhésion à l'horizon que Supervielle devient moderne, ne fût-ce que momentanément ou par pulsions successives, puisque la tradition et ses clôtures continuent parallèlement de requérir celui qui aspire encore à doter de contours le vide même dans lequel il se jette. Lorsqu'il écrit des vers réguliers, Supervielle comble un vide, lorsqu'il écrit des vers libres il l'exalte. Quand depuis la France il célèbre l'immensité de la pampa argentine, il fête victorieusement dans la poésie une enfance restée vierge pour avoir été tôt perdue:
« Le petit trot des gauchos me façonne, les oreilles fixes de mon cheval m'aident à me situer. Je retrouve dans sa plénitude ce que je n'osais plus envisager, même par une petite lucarne, toute la pampa étendue à mes pieds comme il y a sept ans. »
Le poète dessine alors son autoportrait en « gaucho », équivalent terrestre du marin, libre, barbare et brusque, dionysiaque, exténué, « hors venu », homme de pistes et de foulées, lié à l'élémentaire, « morceau d'avenir assiégé de toutes parts », délivré des « paysages manufacturés d'Europe, saignés par les souvenirs ». Le gaucho, c'est à la fois le verset et le sujet lyrique extraverti du nouveau monde. Débridé, dénudé, il disperse son identité dans cette nouvelle vitesse de prose qu'on appelle alors « poésie » au lieu de la rasséréner en l'installant dans le cercle protecteur des formes belles. Dès le premier poème de Gravitations , paru en 1925, la réouverture des horizons géographiques devient plus résolument celle du sujet lui-même. Un questionnement plus personnel trouve à s'articuler. S'adressant à sa mère, le poète interroge son identité d'orphelin, autant dire sa distance intérieure. Il parvient alors à mettre au service de l'introspection les moyens même de l'extraversion. Lui qui fut ami de Michaux inaugure sa propre poétique des « lointains intérieurs ». Faisant alterner poèmes en vers libres et poèmes en vers réguliers, textes longs et textes courts, il s'établit résolument dans cet « entre-deux » qui est le lieu ou le non-lieu de « l'ubiquité » et de la « gravitation » poétiques. Rilke lui écrira: « vous êtes un grand constructeur de ponts dans l'espace ». Le moi devient émoi: ce n'est plus un lieu clos, mais le foyer spacieux de la co-appartenance. De ce « moi », Le Forçat innocent (1930) revient curieusement creuser l'intime culpabilité. Au temps de la « gravitation » succède celui de la réclusion, comme si les systoles et les diastoles de l'existence et de l'écriture exigeaient un nouveau moment de repli et de concentration, sensible notamment dans un recours plus systématique au vers court. Toutefois, celui-ci ne console plus la douleur de son bercement mélodique, comme dans les tous premiers recueils, mais cherche l'articulation simple d'une voix familière apte à dire sans pathos des « ruptures d'identité ». Cette nouvelle figuration du poète en « forçat innocent » fait de l'être désireux d'infini un condamné à la finitude à perpétuité. Or c'est précisément de cette condamnation que le poète tire sa force. Après avoir tout d'abord protesté contre elle en faisant du langage le lieu où s'exaspérait l'expression de sa solitude, il se trouve peu à peu conduit à reconnaître que la finitude est précisément ce qu'il partage avec ses semblables: les « Amis inconnus ». L'amour même qui se lamentait de la séparation découvre en elle sa raison d'être. Il n'abolit pas l'écart, mais rapproche des « mains étrangères ». D'abord poète de la déchirure, puis de la coexistence et de la co-appartenance, Supervielle devient de plus en plus, au fil de ses recueils, poète de la relation et de l'échange. Sous la pression tragique de sa biographie, il a sans doute plus profondément reconnu qu'un autre combien la poésie tire sa puissance et sa clarté de ces paradoxes obscurs ou ces contradiction insolubles qu'elle intensifie et dont elle prend rythmiquement la mesure. Dans Les Amis inconnus (1934), La Fable du monde (1938), Oublieuse mémoire (1948), comme dans quantité d'autres ensembles de poèmes que cette édition nous fait redécouvrir, Supervielle tend à inscrire dans une langue de plus en plus simple et transparente la connaissance qu'il a acquise de la contradiction et du défaut. Il développe et généralise cela qu'il s'efforçait à ses débuts de résorber. La forme redevient plus classique, mais cette fois par adhésion à l'énigme même dont le vers libre avait permis d'exprimer l'évidence. En lieu et place de la plainte d'une origine perdue, Supervielle s'est donné les moyens de réécrire « la fable du monde » et donc de transposer dans la Genèse même de la réalité sa propre acceptation de l'inconnu qu'il porte en soi. C'est, de bout en bout, d'un patient travail d'atténuation lyrique et d'apprentissage du consentement que son oeuvre témoigne: « En attendant il me faut vivre sans prendre ombrage de tant d'ombre.
Ce qu'on appelle bruit ailleurs Ici n'est plus que du silence, Ce qu'on appelle mouvement Est la patience d'un coeur, Ce qu'on appelle vérité Un homme à son corps enchaîné, Et ce qu'on appelle douceur Ah! que voulez-vous que ce soit? »
Sans pathos, sans tours de passe passe, l'oeuvre de Supervielle est orientée vers un espoir. Elle tend vers la clarté. Elle évolue positivement de l'entre-deux à l'ubiquité, de la plainte à l'articulation. Elle constitue un exercice d'initiation lucide à une condition fatalement limitée. Elle connaît la coupure, la distance, le leurre et l'étrangeté. Elle atteint à l'unité sans jamais oublier la séparation. Elle a nettoyé ses plaies et enterré ses morts sans en perdre mémoire. Elle ouvre la voie d'une parole et d'une existense plus denses. Elle déjoue les pièges de l'enfermement. Elle suspend un lien à une voix. Elle se penche « à la fenêtre du monde ». Elle entraîne avec elle « plus d'un être vivant ». Elle sait l'informulé, et c'est pourquoi elle parle:
« Ne le lui dites pas, il nous réconcilie, Rien n'est trop loin de lui pour qu'il ne le délie De son éloignement et son étrangeté, Mais même son pouvoir le laisse épouvanté Et si disséminé que l'on voit bien qu'il ment Quand il se dit tranquille et sans événements Alors que respirer déjà le paralyse Et le laisse exposé à tout ce qui se brise .»
Références : Jules Supervielle : http://supervielle.univers.free.fr/supervielle.htm Bibliographie : Sabine Dewulf, Jules Supervielle ou la connaissance poétique (2001) René Etiemble, Jules Supervielle (1960) Tatiana W. Greene, Jules Supervielle (1958) James Hiddleston, L'Univers de Jules Supervielle (1965) Ricardo Paseyro, Jules Supervielle. Le Forçat volontaire (1987) Claude Roy, Jules Supervielle (1949) Christian Sénéchal, Jules Supervielle, poète de l’univers intérieur (1939) Paul Viallaneix,Le Hors-venu, ou le personnage poétique de Supervielle (1972) Robert Vivier, Lire Supervielle (1971) Oeuvres poétiques : Débarcadères (1922) Gravitations (1925) Le Forçat innocent (1930) Amis inconnus (1934) La Fable du monde (1938) Oublieuse mémoire (1949) Poèmes, 1939-1945 (1946) À la nuit (1947) Naissances (1951) L'Escalier (1956) Le Corps tragique (1959)
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de Rijn - collage 30 x 40 cm
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canandanann 31-01-2012
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